Le compte-titres ordinaire : quand y recourir
Aucun plafond, tous les marchés, tous les produits, mais chaque gain imposé l'année de sa réalisation : mécanismes, frais, report des moins-values et situations où le compte-titres s'impose.
Le compte-titres ordinaire est l’enveloppe la plus simple et la moins encadrée du paysage français. Pas de plafond, pas de durée minimale, aucune restriction sur les actifs détenus. Cette liberté a un prix, et il est parfaitement lisible : aucun avantage fiscal ne vient adoucir l’imposition des gains.
C’est ce qui en fait une enveloppe mal aimée, souvent présentée comme un pis-aller, celle qu’on ouvre quand on ne peut plus faire autrement. La réalité est plus nuancée. Le compte-titres n’est pas un mauvais PEA : c’est un outil différent, dont l’intérêt apparaît précisément là où les enveloppes privilégiées s’arrêtent. Et il fait au moins une chose que ni le PEA ni l’assurance-vie ne savent faire, dont il sera question plus loin.
Une clarification de vocabulaire s’impose d’entrée, parce qu’elle conditionne la lecture de tout le reste. Une enveloppe est un contenant juridique et fiscal ; les supports sont ce qu’on met dedans. Le même fonds indiciel peut se loger dans un PEA, dans un compte-titres ou dans une unité de compte d’assurance-vie. Ce n’est pas le fonds qui change, c’est ce que l’administration fiscale a le droit d’en faire ensuite. Le compte-titres est l’enveloppe qui n’ajoute aucune règle : ni bonus, ni contrainte.
Ce guide décrit son fonctionnement, sa fiscalité réelle, ses frais, les situations concrètes où il devient le bon choix et les erreurs qui coûtent le plus cher à ceux qui l’utilisent mal. Il complète le panorama des enveloppes de placement.
Une enveloppe sans contrainte
Le compte-titres se caractérise par ce qu’il n’impose pas. La liste est courte, et chaque ligne mérite qu’on s’y arrête.
Pas de plafond de versement. On peut y loger un montant illimité, ce qui en fait l’enveloppe naturelle une fois le PEA saturé. Aucun seuil, aucune déclaration particulière liée au montant, aucun régime dégradé au-delà d’un certain encours.
Pas de restriction géographique. Actions américaines, japonaises, asiatiques, émergentes : tous les marchés accessibles à l’intermédiaire sont ouverts. C’est structurant, car le PEA est réservé aux titres de sociétés ayant leur siège dans l’Union européenne ou l’Espace économique européen. Une exposition aux grandes valeurs technologiques cotées à New York, en direct, ne peut passer que par un compte-titres.
Pas de restriction de nature d’actifs. Actions en direct, obligations d’État ou d’entreprises, fonds communs de placement, SICAV, ETF de toutes catégories (les fonds indiciels cotés en bourse, qui répliquent un indice à frais réduits), certificats, matières premières via des véhicules cotés, produits dérivés selon l’agrément de l’établissement et le profil que vous y avez déclaré.
Pas de durée minimale ni de blocage. Les titres peuvent être vendus et les liquidités retirées à tout moment, sans conséquence sur le compte lui-même. Un retrait ne clôture rien, ne bloque rien, ne fait perdre aucune antériorité, pour la raison simple qu’il n’y a aucune antériorité à perdre.
Pas de limite de nombre. Une même personne peut détenir plusieurs comptes-titres, chez plusieurs établissements. Il peut aussi être ouvert en indivision, en compte joint entre époux, au nom d’un mineur, ou détenu par une personne morale (société civile, holding, société d’exploitation). Aucune enveloppe fiscale privilégiée ne permet cette dernière possibilité, et c’est souvent ce qui décide de son usage.
Pas de condition de résidence stricte. Un non-résident peut détenir un compte-titres en France, ce qui n’est le cas ni du PEA (qui suppose un domicile fiscal en France à l’ouverture, et dont le transfert de résidence à l’étranger entraîne des conséquences précises), ni de la plupart des livrets réglementés. Les modalités d’imposition dépendent alors des conventions fiscales bilatérales, sujet abordé dans Expatriation et patrimoine.
Toute cette souplesse se paie au même endroit, et il n’y a pas de zone grise : à l’impôt.
La fiscalité : chaque gain compte, chaque année
Sur un compte-titres, il n’existe aucune enveloppe fiscale au sens propre. Chaque gain est imposé l’année où il est réalisé, sans différé, sans abattement lié à la durée de détention, sans seuil d’exonération.
Deux types de gains sont concernés, et ils obéissent à des logiques distinctes :
- les plus-values de cession, constatées lors de la vente d’un titre pour un prix supérieur à son prix d’acquisition. Elles ne se déclenchent qu’à la vente ;
- les revenus : dividendes d’actions, coupons d’obligations, distributions de fonds. Ils sont imposés au moment de leur versement, que vous les dépensiez ou que vous les réinvestissiez.
Les deux relèvent par défaut du prélèvement forfaitaire unique, communément appelé « flat tax », qui agrège en un seul prélèvement global une fraction d’impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux. Ce régime a l’avantage de la lisibilité : le taux ne dépend ni du montant du gain, ni de la durée de détention du titre, ni de votre tranche d’imposition. Un gain de mille euros et un gain de cent mille euros supportent le même taux.
En pratique, l’établissement teneur de compte opère un prélèvement à la source sur les dividendes et coupons au moment de leur versement, à titre d’acompte. La régularisation intervient l’année suivante, à la déclaration de revenus. Les montants sont préremplis, mais le préremplissage n’est pas une garantie d’exactitude : c’est à vous que revient la responsabilité de la déclaration.
Point structurant, et il change tout dans la conduite d’un portefeuille : un titre conservé sans être vendu n’est pas imposé sur sa plus-value latente. Seule la cession déclenche l’imposition. Un investisseur qui achète et conserve subit donc une friction fiscale très inférieure à celle d’un investisseur qui arbitre fréquemment. Chaque arbitrage, sur un compte-titres, est un fait générateur d’impôt : vendre pour racheter autre chose ampute le capital réinvesti du montant de l’impôt dû.
C’est une différence de nature avec l’assurance-vie et le PEA, où les arbitrages internes sont fiscalement neutres. Sur un compte-titres, le portefeuille qui tourne beaucoup s’appauvrit mécaniquement, même quand chaque décision prise isolément est correcte.
Les dividendes, eux, sont imposés chaque année qu’on les réinvestisse ou non. D’où la préférence de beaucoup d’épargnants de long terme pour les ETF capitalisants (qui réinvestissent automatiquement les dividendes dans le fonds au lieu de les distribuer) plutôt que distribuants. Le gain n’est pas annulé, il est simplement reporté au moment de la vente des parts, où il sera taxé en plus-value. Reporter un impôt de quinze ans n’est pas l’annuler, mais laisser travailler la somme qui aurait été prélevée n’est pas rien non plus.
Une exception qui surprend souvent : les fonds « monétaires » et les obligations ne sont pas neutres non plus. Les intérêts d’obligations détenues en direct sont imposés au fil de l’eau comme des revenus, et la revente de l’obligation avant échéance produit en outre une plus-value ou une moins-value.
L’option pour le barème progressif
Le prélèvement forfaitaire n’est pas obligatoire. Il est possible d’opter pour l’imposition au barème progressif de l’impôt sur le revenu, celui qui s’applique aux salaires, avec ses tranches successives.
Cette option est globale et annuelle. Elle s’applique à l’ensemble des revenus de capitaux mobiliers et plus-values du foyer pour l’année concernée, jamais à un gain isolé qu’on choisirait de traiter à part. On ne panache pas.
Elle devient intéressante lorsque le taux marginal d’imposition du foyer (le taux qui frappe le dernier euro de revenu, pas le taux moyen) est faible : contribuables non imposables ou imposés dans les premières tranches du barème. Elle ouvre par ailleurs droit à un abattement proportionnel sur les dividendes et à la déductibilité partielle d’une fraction des prélèvements sociaux du revenu imposable de l’année suivante, deux avantages qui disparaissent avec le prélèvement forfaitaire.
Le calcul se refait chaque année, et l’administration retient d’office le régime forfaitaire à défaut de choix explicite : l’option se coche à la déclaration, dans une case dédiée, et personne ne vous rappellera de le faire.
L’erreur fréquente consiste à cocher cette case parce qu’elle semble avantageuse sur les dividendes, en oubliant qu’elle fait aussi basculer les plus-values de cession au barème. Sur une année où vous avez soldé une ligne fortement en gain, l’option peut coûter nettement plus qu’elle ne rapporte. Faites le calcul dans les deux configurations avant de trancher : le simulateur de l’administration fiscale permet de comparer, et un professionnel le fait en quelques minutes.
Cette mécanique d’imposition à la réalisation a une contrepartie favorable, et c’est le seul terrain où le compte-titres bat les enveloppes privilégiées à plate couture.
Le traitement des moins-values
Les moins-values réalisées lors d’une vente s’imputent sur les plus-values de la même année civile. Si le solde de l’année reste négatif, il est reportable sur les années suivantes, pendant plusieurs exercices, pour venir réduire de futures plus-values.
Concrètement : un investisseur qui solde une ligne en perte ne perd pas seulement de l’argent, il crée un actif fiscal utilisable plus tard. Vendre une position en moins-value de 8 000 euros une année où l’on réalise 8 000 euros de plus-value ailleurs annule l’imposition sur ces gains. La perte reste une perte, mais elle a servi à quelque chose.
Trois règles à connaître, parce qu’elles sont contre-intuitives :
- Les moins-values ne s’imputent que sur des plus-values de même nature, pas sur les dividendes ni sur le revenu global. Une année de pertes en capital ne réduit pas l’impôt sur vos salaires.
- L’imputation est obligatoire dès qu’une plus-value existe. On ne choisit pas de conserver son stock de moins-values reportables pour une meilleure année : elles se consomment automatiquement sur la première plus-value venue.
- Le report est plafonné dans le temps. Au-delà du délai prévu, le stock non utilisé est définitivement perdu. Surveillez la date d’entrée en report des lignes les plus anciennes.
Cette mécanique n’existe ni dans le PEA (où les pertes sont enfermées dans le plan et ne s’imputent, sous conditions strictes, qu’à la clôture) ni dans l’assurance-vie. Elle suppose en revanche une tenue rigoureuse du suivi : l’établissement fournit en principe un imprimé fiscal unique et un récapitulatif annuel des moins-values reportables, mais si vous détenez plusieurs comptes-titres chez plusieurs intermédiaires, aucun d’eux ne consolide l’ensemble. C’est à vous de tenir le compteur global, année par année, dans un simple tableur.
Perdre la trace d’un stock de moins-values reportables est une erreur banale et purement gratuite. Elle consiste à payer un impôt qu’on avait déjà payé d’avance, en perdant de l’argent.
Les frais, la variable que vous contrôlez
L’absence d’avantage fiscal rend la ligne des frais d’autant plus déterminante : rien ne vient la compenser. Quatre couches se superposent, et elles ne sont jamais présentées ensemble.
| Type de frais | Ce qu’il rémunère | Ordre de grandeur observé |
|---|---|---|
| Frais de courtage | Chaque ordre passé, à l’achat comme à la vente | De quelques euros par ordre chez un courtier en ligne à un pourcentage du montant chez un établissement traditionnel |
| Droits de garde | La conservation des titres, facturés annuellement | Nuls chez certains intermédiaires, un pourcentage annuel de l’encours chez d’autres |
| Frais de gestion des supports | Les fonds et ETF détenus, prélevés à l’intérieur du support | Très faibles sur un ETF indiciel, nettement supérieurs sur un fonds géré activement |
| Frais de change | La conversion de devise sur les titres libellés hors euro | Un pourcentage sur chaque opération, souvent invisible car intégré au cours appliqué |
Les frais de change sont les plus discrets et les plus sous-estimés. Acheter une action cotée en dollars depuis un compte en euros suppose une conversion à l’achat, une autre à la vente, et parfois une troisième sur chaque dividende encaissé. Sur un portefeuille international détenu quinze ans avec des versements réguliers, l’addition n’est pas anecdotique.
Les droits de garde méritent une question directe au moment de l’ouverture : sont-ils facturés par ligne, en pourcentage de l’encours, avec ou sans minimum et maximum annuel ? Un tarif « par ligne » pénalise lourdement un portefeuille diversifié en petites positions.
Trois vérifications avant d’ouvrir un compte, toutes gratuites :
- Demandez la brochure tarifaire complète, pas la page commerciale. Les frais de transfert sortant, de retrait de titres au nominatif et d’opération sur titres n’y figurent que dans les annexes.
- Vérifiez l’agrément de l’établissement. Un teneur de compte-conservateur doit être un prestataire de services d’investissement agréé par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), après avis de l’Autorité des marchés financiers (AMF), ou un établissement européen bénéficiant du passeport. La liste est consultable au registre des agents financiers (Regafi). Une plateforme qui n’y figure pas ne doit pas recevoir vos fonds.
- Identifiez le dépositaire réel des titres. Vos titres sont inscrits en compte chez le conservateur, séparés de son bilan propre. C’est cette ségrégation qui vous protège en cas de défaillance de l’intermédiaire, davantage que le mécanisme de garantie des titres, dont le plafond d’indemnisation est fixé par les textes et s’applique par déposant et par établissement.
Reste à savoir dans quelles situations l’ensemble de ces caractéristiques penche du bon côté.
Quand le compte-titres devient pertinent
| Situation | Pourquoi le compte-titres |
|---|---|
| PEA saturé | Aucun plafond de versement |
| Actifs hors univers PEA | Obligations, marchés hors zone européenne, ETF non éligibles, matières premières |
| Détention par une société | Seule enveloppe accessible aux personnes morales |
| Compte pour un mineur | Ouverture possible dès la naissance, sous administration légale |
| Besoin de souplesse totale | Aucune durée minimale, aucun cas de déblocage à justifier |
| Stratégie d’imputation de pertes | Report des moins-values sur les années suivantes |
| Non-résident fiscal | Enveloppe accessible, contrairement au PEA et aux livrets réglementés |
| Titres reçus par succession ou donation | Réception en l’état, sans arbitrage forcé |
Quelques cas méritent d’être détaillés, parce qu’ils reviennent constamment.
La trésorerie d’entreprise. Une société qui dispose d’une trésorerie durablement excédentaire ne peut ni ouvrir un PEA, ni souscrire une assurance-vie (elle peut en revanche souscrire un contrat de capitalisation, dont la fiscalité obéit à des règles propres à l’impôt sur les sociétés). Le compte-titres est donc la voie ordinaire pour placer cette trésorerie. Attention toutefois : les plus-values latentes d’une société soumise à l’impôt sur les sociétés peuvent être imposées annuellement selon la nature des titres détenus, indépendamment de toute cession. Ce point se vérifie avec l’expert-comptable avant d’ouvrir le compte, pas après.
Le compte au nom d’un mineur. Il s’ouvre dès la naissance, les représentants légaux agissant au titre de l’administration légale. Les gains sont rattachés au foyer fiscal des parents tant que l’enfant y est compté. Les actes de disposition importants peuvent nécessiter l’accord des deux parents, et certains arbitrages relèvent d’un régime particulier. Le mineur devient seul maître du compte à sa majorité, sans exception ni délai : c’est un point à mesurer avant d’y loger une somme importante.
Le portefeuille reçu en héritage. Les titres arrivent sur un compte-titres, et rien n’oblige à les vendre. La question de savoir s’il faut les conserver ou les réallouer est une question d’allocation, pas de fiscalité, puisque le prix de revient a été réinitialisé (voir plus bas).
À l’inverse, le compte-titres est rarement le premier réflexe pour une exposition actions européennes de long terme : le PEA remplit ce rôle avec un traitement fiscal nettement plus favorable après cinq ans, et la logique consiste à le saturer d’abord. Le compte-titres n’est pas non plus adapté à une épargne de précaution, qui relève des livrets réglementés : loger son fonds d’urgence dans des titres cotés revient à s’exposer au risque de devoir vendre au pire moment.
L’ordre de priorité défendable est donc celui-là : livrets pour la précaution, PEA pour les actions européennes de long terme, assurance-vie pour la souplesse successorale et la diversification, compte-titres pour tout ce qui reste et pour ce que les autres n’acceptent pas. Ce n’est pas un classement de qualité, c’est un ordre de saturation.
Cette hiérarchie s’inverse partiellement au moment du décès, où le compte-titres révèle une caractéristique que peu d’épargnants connaissent.
Succession et transmission
Au décès du titulaire, le compte-titres entre dans l’actif successoral et suit le droit commun des successions. Il ne bénéficie d’aucun régime dérogatoire, contrairement à l’assurance-vie et à ses abattements propres liés à la clause bénéficiaire. Le compte est bloqué à compter de la déclaration du décès, jusqu’au règlement de la succession par le notaire.
Un point technique mérite d’être connu, car il est régulièrement ignoré : les titres sont transmis aux héritiers pour leur valeur au jour du décès, qui devient leur nouveau prix de revient fiscal. La plus-value latente accumulée du vivant du titulaire n’est donc jamais imposée à l’impôt sur les plus-values. Elle s’efface.
Un portefeuille acheté 100 000 euros valant 400 000 euros au décès transmet 400 000 euros aux héritiers, qui repartent avec un prix de revient de 400 000 euros. S’ils vendent le lendemain, leur plus-value imposable est nulle. Les 300 000 euros de gain accumulés ne seront jamais taxés au titre des plus-values. Les droits de succession, eux, s’appliquent normalement sur la valeur transmise, après application des abattements de droit commun, dont celui de 100 000 euros par enfant en ligne directe.
Cette purge a une conséquence pratique nette : céder un portefeuille très en plus-value à un âge avancé, pour « faire le ménage », peut coûter un impôt que la succession aurait effacé. C’est le type d’arbitrage qui se raisonne à froid, avec le notaire dans la boucle, et pas au moment où la question se pose dans l’urgence.
Le compte-titres peut également faire l’objet d’une donation, y compris démembrée (donation de la nue-propriété avec conservation de l’usufruit, mécanisme détaillé dans Le démembrement de propriété). Le donataire reprend alors le compte avec les titres, et la donation efface elle aussi la plus-value latente au regard de l’impôt sur les plus-values : le prix de revient du donataire est la valeur retenue dans l’acte de donation. Les droits de donation s’appliquent sur cette valeur, avec les abattements renouvelables détaillés dans Donation : formes et abattements.
La donation d’un portefeuille en forte plus-value est donc l’un des rares gestes qui produit un effet fiscal favorable sur deux impôts à la fois. Elle suppose en revanche de se dessaisir réellement des titres, ce qui n’est pas une décision réversible.
Une réserve indispensable : la donation de titres appelle un acte, et l’intervention d’un notaire est requise dans plusieurs configurations, notamment en cas de démembrement ou d’incidence sur la réserve héréditaire. La fiscalité ne doit pas décider seule d’un acte qui engage le patrimoine familial.
Les erreurs classiques et leur coût
Confondre plus-value latente et plus-value réalisée. Tant que le titre n’est pas vendu, rien n’est dû. Beaucoup d’épargnants vendent en décembre « pour solder l’année », déclenchant une imposition qu’ils auraient pu différer indéfiniment. Le coût est le montant de l’impôt, avancé sans nécessité, et le manque à gagner sur la somme prélevée.
Arbitrer comme on le ferait dans une assurance-vie. Sur un contrat en unités de compte, un arbitrage ne coûte rien fiscalement. Sur un compte-titres, il déclenche l’impôt. Le même geste, deux conséquences opposées. Un épargnant qui réalloue trois fois son portefeuille en cinq ans paie l’impôt trois fois sur des gains qu’il n’a jamais consommés.
Négliger le suivi des prix de revient. Lors d’achats successifs sur une même ligne, le prix de revient retenu est un prix moyen pondéré, recalculé à chaque acquisition. En cas de transfert d’établissement, ce prix doit suivre : vérifiez qu’il a bien été repris par le nouveau teneur de compte, faute de quoi votre plus-value imposable sera calculée à partir de zéro. Le coût de cette négligence peut atteindre plusieurs milliers d’euros, et la reconstitution a posteriori est fastidieuse. Conservez vos avis d’opéré.
Détenir des ETF distribuants dans une logique de capitalisation longue. Les dividendes distribués sont imposés chaque année, puis réinvestis avec ce qui reste. Sur un horizon long, cette friction annuelle pèse davantage que ne le suggère l’écart apparent.
Ouvrir un compte-titres avant d’avoir saturé le PEA pour une exposition actions européennes. C’est renoncer sans raison à un traitement fiscal plus favorable. Le raisonnement inverse (utiliser le compte-titres pour ce que le PEA n’accepte pas) est le bon.
Oublier de déclarer un compte-titres détenu à l’étranger. L’obligation déclarative annuelle existe pour tout compte ouvert, détenu, utilisé ou clos hors de France, y compris chez les courtiers en ligne établis dans un autre pays de l’Union européenne. L’amende forfaitaire par compte non déclaré et par année est significative, et elle s’applique même en l’absence de tout gain. C’est probablement l’erreur la moins connue et la plus mécaniquement sanctionnée du sujet.
Croire que « sans avantage fiscal » signifie « fiscalement mauvais ». Sur un portefeuille d’actions conservé quinze ans sans arbitrage, la fiscalité effectivement supportée est très inférieure au taux affiché, puisqu’elle ne frappe qu’à la sortie et ne frappe rien du tout en cas de transmission. Le taux nominal est un mauvais indicateur du coût réel.
Vous avez peut-être sauté la section sur les frais. Revenez-y : sur cette enveloppe précisément, c’est la seule variable que vous contrôlez entièrement, puisque le taux d’imposition, lui, ne se négocie pas.
Les questions à poser avant d’ouvrir
Quatre questions, à poser à l’établissement ou au conseiller, dont les réponses doivent être écrites :
- Quel est le coût total annuel en euros pour un portefeuille de la taille du mien, droits de garde et frais de gestion des supports compris, avec le nombre d’ordres que j’envisage de passer ?
- Quels frais de change s’appliquent sur les titres libellés hors euro, à l’achat, à la vente et sur les dividendes, et sont-ils intégrés au cours ou facturés à part ?
- Le récapitulatif annuel des moins-values reportables est-il fourni, et sous quelle forme ?
- Quels sont les frais de transfert sortant, par ligne et au total ? C’est la question que personne ne pose à l’ouverture et que tout le monde se pose au départ.
Un conseiller qui répond en pourcentages seulement n’a pas répondu. Le passage à l’euro change la perception : un pourcentage annuel modeste sur un encours de plusieurs centaines de milliers d’euros représente une somme dont on parle autrement une fois écrite en toutes lettres. Le sujet des couches de frais et de leur reconstitution est traité dans Honoraires d’un conseiller en gestion de patrimoine.
En résumé
Le compte-titres ordinaire n’offre aucun avantage fiscal, mais il n’impose aucune contrainte : ni plafond, ni univers restreint, ni durée, ni condition de résidence. Il devient pertinent quand les enveloppes privilégiées sont saturées, n’acceptent pas l’actif visé, ou ne sont pas ouvertes au détenteur (société, non-résident).
Retenez trois mécanismes. Seule la cession déclenche l’impôt, donc arbitrer coûte cher et conserver ne coûte rien. Les moins-values s’imputent et se reportent, ce qu’aucune autre enveloppe ne permet, à condition de tenir soi-même le compteur quand on a plusieurs comptes. Et la transmission par décès ou par donation efface la plus-value latente, ce qui doit être pesé avant toute cession tardive.
Avant d’ouvrir, faites chiffrer en euros le coût annuel complet, frais de change et droits de garde compris, et vérifiez l’agrément du teneur de compte au registre Regafi. Si le compte est détenu à l’étranger, déclarez-le chaque année, même sans le moindre gain. Sa place se décide dans le cadre d’une allocation d’ensemble, en complément des autres enveloppes plutôt qu’en substitution.
Ce contenu est fourni à titre documentaire. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée. Vérifiez toujours l’immatriculation de votre interlocuteur sur orias.fr.
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